Tocophobie : prise en charge des femmes terrorisées à l’idée d’être enceinte
Pour faire suite à mon article sur la tocophobie, je voulais vous donner un exemple de prise en charge, afin de comprendre que cette situation est bien plus profonde qu’elle n’y paraît.
Prenons l’exemple d’une femme qui pousse la porte de mon cabinet de sophro-analyse et d’EMDR à Piré-sur-Seiche entre Rennes et Vitré, elle a 34 ans. En couple depuis plusieurs années, elle souhaite devenir mère. Pourtant, chaque fois que la question d’une grossesse se rapproche, une angoisse intense l’envahit.
Depuis longtemps, elle sait qu’elle aimerait avoir un enfant. Mais elle sait aussi qu’elle est incapable d’envisager sereinement une grossesse. Rien que le mot « accouchement » provoque chez elle des tensions physiques, des palpitations et parfois même des crises d’angoisse.
Autour d’elle, les remarques sont fréquentes : « Tu verras, quand ce sera le bon moment, ça viendra naturellement », « Toutes les femmes ont peur d’accoucher », ou encore « Il ne faut pas trop réfléchir ». Mais elle ne se reconnaît pas dans ces conseils. Ce qu’elle ressent va bien au-delà d’une simple appréhension.
Une peur présente depuis l’adolescence
Au fil des séances, elle m’explique qu’elle a toujours eu peur de l’accouchement. Adolescente, elle passait rapidement les scènes d’accouchement dans les films. Les récits qu’elle entendait autour d’elle étaient presque toujours associés à la douleur, aux complications ou à des situations d’urgence. Elle se souvient notamment d’un témoignage entendu très jeune qui l’avait profondément marquée. Une femme racontait un accouchement extrêmement difficile, avec une impression de danger et de perte totale de contrôle.
À l’époque, elle n’avait pas conscience de l’impact que ce récit aurait sur elle. Pourtant, au fil des années, une conviction s’était installée : accoucher était dangereux. Cette croyance était devenue si automatique qu’elle ne la remettait plus en question.
Quand le désir d’enfant rencontre la peur
Pendant longtemps, cette peur reste en arrière-plan. Mais lorsque son compagnon commence à évoquer l’idée d’avoir un enfant, l’anxiété augmente progressivement. Elle se surprend à faire des recherches compulsives sur les risques de grossesse. Elle consulte des forums pendant des heures, lit des témoignages négatifs et s’attarde systématiquement sur les situations les plus inquiétantes.
Plus elle cherche à se rassurer, plus sa peur grandit. Quelques mois plus tard, elle commence à faire des cauchemars dans lesquels elle se voit enceinte sans l’avoir choisi. Dans certains rêves, elle se retrouve à l’hôpital, incapable de s’échapper.
Son corps réagit également : difficultés d’endormissement, tensions permanentes dans les épaules, boule au ventre lorsqu’une amie annonce une grossesse. Elle finit par éviter complètement les discussions liées à la maternité.
Ce qui se cachait derrière la tocophobie
Au cours de l’accompagnement, nous explorons progressivement les émotions associées à cette peur. Très vite, il apparaît que l’accouchement n’est pas la seule source d’angoisse. Elle redoute également la perte de contrôle. Elle a toujours eu besoin d’anticiper les situations et de maîtriser ce qui l’entoure. L’idée de traverser un événement aussi imprévisible qu’une grossesse la confronte à quelque chose de profondément inconfortable.
Nous découvrons également qu’une hospitalisation vécue dans l’enfance avait laissé chez elle un sentiment d’impuissance encore très présent. Même si cet événement semblait éloigné de la maternité, certaines émotions étaient réactivées lorsqu’elle imaginait un environnement médical. Son cerveau associait inconsciemment grossesse, hôpital et danger.
Le travail réalisé en EMDR
Une partie de l’accompagnement a consisté à travailler en EMDR sur les souvenirs qui alimentaient encore cette peur. Nous avons retraité plusieurs expériences marquantes : certains récits entendus dans l’enfance, l’hospitalisation vécue plus jeune ainsi que différentes situations qui avaient renforcé sa perception du danger.
Progressivement, l’intensité émotionnelle associée à ces souvenirs a diminué. Elle pouvait évoquer ces événements sans ressentir immédiatement les mêmes réactions physiques. Son système nerveux commençait à intégrer que ces expériences appartenaient au passé.
Ce travail lui a permis de prendre davantage de recul face à ses pensées anxieuses et de sortir peu à peu des scénarios catastrophes qui occupaient son esprit.
L’apport de la sophro-analyse
En parallèle, la sophro-analyse a permis d’explorer certaines croyances profondément ancrées. Au fil des séances, elle prend conscience qu’elle s’était construite une représentation très négative de la maternité. Dans son esprit, devenir mère signifiait forcément souffrir, perdre sa liberté ou devoir tout sacrifier.
Ces croyances ne lui appartenaient pas toujours. Certaines provenaient de son histoire familiale, d’autres de messages entendus depuis de nombreuses années. Le fait de les identifier lui a permis de retrouver davantage de liberté dans sa manière de percevoir la grossesse et la maternité. Petit à petit, elle a commencé à construire une vision plus nuancée et plus personnelle.
Une relation différente avec son projet de maternité
Après plusieurs mois d’accompagnement, elle ne disait pas que toute peur avait disparu. En revanche, elle ne se sentait plus paralysée.
Lorsqu’elle pensait à une grossesse, elle ressentait encore parfois de l’appréhension, mais cette émotion n’occupait plus toute la place. Elle pouvait envisager l’avenir sans être immédiatement envahie par des images catastrophiques. Surtout, elle avait retrouvé la possibilité de choisir. La peur ne décidait plus à sa place.
Quand consulter pour une tocophobie ?
Beaucoup de femmes pensent qu’elles devraient parvenir seules à dépasser leur peur de la grossesse ou de l’accouchement. Pourtant, lorsqu’une angoisse devient envahissante, il peut être utile d’être accompagnée.
La tocophobie est souvent le signe que certaines expériences, émotions ou croyances méritent d’être entendues et travaillées. À mon cabinet de Piré-sur-Seiche, j’accompagne des femmes venant de Châteaugiron, Janzé, Vern-sur-Seiche, Noyal-sur-Vilaine ou Rennes qui souhaitent comprendre l’origine de leurs peurs et retrouver davantage de sérénité dans leur projet de maternité.
Photo de engin akyurt sur Unsplash
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